Theo

Mon ami Theo a quelque chose d’un Don Quichotte. De la candeur, de la bravoure, le besoin de s’opposer au réel des dominants… Mais il incarne la part du personnage dont on ne ferait pas un roman. Je pense que Theo, en trouvant une Dulcinée qui l’a aimé, a trouvé en même temps un élément structurant, réalisant (qui lui impose le réel). Enseignant, père de famille, brave compagnon du trio avec lequel je chante aussi des chansons de Brassens les samedis matins, Theo est, parmi tous les hommes que j’ai connu, celui dont le projet familial est le mieux réussi. Trois enfants adolescents, une compagne qui l’aime encore et qu’il aime encore. Chacun d’eux, et tous ensemble surtout, ils laissent traîner derrière eux quelque chose de la poussière lumineuse des étoiles. Difficile de ne pas considérer l’entourage de Theo quand je parle de lui. Pourtant, quand nous chantons, les lundis, il est maintenant le premier ténor à ma droite, et les samedis, où il est bien présent et généreux, je ne le perçois pas comme chargé du fardeau de sa tribu. Il fait partie d’elle, il en est un élément indispensable c’est tout.

Peut-être que ces lignes parlent plus que de moi que de lui ? La famille – celle avec une compagne et des enfants, celle de ma propre enfance aussi, est un des douloureux échecs de ma vie. J’admirerais Theo s’il n’avait pas réussi à entrer dans le cercle d’aussi belle façon. Sa réussite me donne une raison supplémentaire de l’admirer.

Je m’interroge donc sur le fait que venant de cette perfection, sa voix, juste, ne sorte qu’en un mince filet et qu’en lui l’humus, le terreau, le ventre de la voix n’ait pas encore été atteint. Peut-être faut-il qu’il y ait de la douleur à l’origine du chant ?

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8 Commentaires

Classé dans Ténors

8 réponses à “Theo

  1. Lydie

    Ne sommes nous pas Tous poussière lumineuse d’étoile?
    Et la réusite d’une vie, ne serait-ce pas
    – plutôt que les apparences – trouver une certaine paix en soi-même, non?
    Ce qui me plait aussi , chez Théo, c’est ce banc qui l’attends, chez toi, le banc de Josse, celui fabriqué, toujours prêt pour qu’un ami s’y assoit !

    La douleur, à l’origine du chant? Oui, sûrement, si on pense au gospel et aux magnifiques negro spiritals ! mais aussi peut-être pour laisser éclater sa joie, comme les oiseaux , ou les baleines?

    La joie , la tristesse : 2 faces d’une même médaille, je crois…

    • mjsixte

      Belle mémoire Lydie. Il y a le banc de Theo sous le gazebo dans la cour. Le banc fabriqué avec la planche sauvée du feu.

      La joie, la tristesse… Oui. Mais j’ai du mal à me consoler de ce qui, bien involontairement, retient mon ami de rendre sa joie contagieuse, forte, attrayante. Mais c’est peut-être la première qualité de la joie, la discrétion ?

  2. Lydie

    « La discrétion »: il ya quelqu’un de trés discret à notre chorale et qui ouvre pourtant la bouche…
    C’est un squelette entier, avec tous les os : nous répétons dans une salle de l’école d’infirmières et nous lui faisons face quand nous chantons!
    Ce soir, notre chef de choeur, involontairement, je pense, s’est tournée vers lui, comme pour le faire chanter… Ca m’a fait bizarre, je pensais en un instant à cet homme (ou femme) et à sa vie quand il avait les muscles et la peau et aussi à nous tous réunis avec nos squelettes sous la peau et la chair!
    Mais nos rires avaient vraiment le timbre de l’innocence et notre joie, celle d’être en vie et de chanter ensemble…
    Notre chef de choeur est la gaieté personnifiée!

    • mjsixte

      Quand je suivais des cours d’anatomie, notre squelette s’appelait Os…car. Qui avait été le vêtement sur ces os ? Je me suis souvent posé la question.

  3. Lydie

     » La famille »: il y a un livre qui m’a vivement intéressée sur le sujet à propos des fratries. C’est :

     » Frères et soeurs, une maladie d’amour » du professeur Marcel Rufo avec la collaboration de Christine Schilte aux éditions Fayard et aussi :

    « un merveilleux malheur » et  » les vilains petits canards » de Boris Cyrulnik, sur la résilience, mais je sais que tu connais !

     » On s’est toujours émerveillé devant ces enfants qui ont su triompher d’épreuves immenses et se faire une vie d’homme, malgré tout. Le malheur n’est jamais pur, pas plus que le bonheur.
    Un mot permet d’organiser notre manière de comprendre le mystère de ceux qui s’en sont sortis. C’est celui de résilience, qui désigne la capacité à réussir, à vivre, à se développer en dépit de l’adversité.
    En comprenant cela, nous changerons notre regard sur le malheur et, malgré la souffrance, nous chercherons la merveille. » – Boris Cyrulnik-
    Dans l’introduction de:
     » Un merveilleux malheur  »

    Hum…On se passerait bien, toutefois d’avoir vécu certains malheurs;)

    Marc, est-ce que tu joues de la guitare, le samedi matin, dans le trio?

  4. Lydie

     » Je chanterai l’Eternel tant que je vivrai,
    Je célèbrerai mon Dieu tant que j’existerai. »
    Psaume 104, V33-34

    Demain matin, culte à 10h30: j’adore chanter , sous la douche, au volant, à la crêche, partout…

    Et, bien sûr au temple!

    • mjsixte

      Je suis un « gratteux » de guitare. Oui, je joue. Mais pas souvent. Le samedi je laisse cela à Theo.

      La maladie d’amour… En parlant de la fratrie. C’est bien dit.

      Tu chanteras au temple demain… Alors bon dimanche.

      • Lydie

        Merci , Marc, quel bonheur, aussitôt, la réponse! La sensation de proximité!
        Bon Dimanche à toi et aux tiens.

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