Theo

Mon ami Theo a quelque chose d’un Don Quichotte. De la candeur, de la bravoure, le besoin de s’opposer au réel des dominants… Mais il incarne la part du personnage dont on ne ferait pas un roman. Je pense que Theo, en trouvant une Dulcinée qui l’a aimé, a trouvé en même temps un élément structurant, réalisant (qui lui impose le réel). Enseignant, père de famille, brave compagnon du trio avec lequel je chante aussi des chansons de Brassens les samedis matins, Theo est, parmi tous les hommes que j’ai connu, celui dont le projet familial est le mieux réussi. Trois enfants adolescents, une compagne qui l’aime encore et qu’il aime encore. Chacun d’eux, et tous ensemble surtout, ils laissent traîner derrière eux quelque chose de la poussière lumineuse des étoiles. Difficile de ne pas considérer l’entourage de Theo quand je parle de lui. Pourtant, quand nous chantons, les lundis, il est maintenant le premier ténor à ma droite, et les samedis, où il est bien présent et généreux, je ne le perçois pas comme chargé du fardeau de sa tribu. Il fait partie d’elle, il en est un élément indispensable c’est tout.

Peut-être que ces lignes parlent plus que de moi que de lui ? La famille – celle avec une compagne et des enfants, celle de ma propre enfance aussi, est un des douloureux échecs de ma vie. J’admirerais Theo s’il n’avait pas réussi à entrer dans le cercle d’aussi belle façon. Sa réussite me donne une raison supplémentaire de l’admirer.

Je m’interroge donc sur le fait que venant de cette perfection, sa voix, juste, ne sorte qu’en un mince filet et qu’en lui l’humus, le terreau, le ventre de la voix n’ait pas encore été atteint. Peut-être faut-il qu’il y ait de la douleur à l’origine du chant ?

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Classé dans Ténors

Orlando

Orlando di Lasso

Orlando di Lasso

L’étrangeté. La familiarité. Le singulier. L’irrésistible. La lumière et l’ombre. La folie. La sagesse. L’humanité. L’esprit. La musique. Le trait. Le cercle et l’intérieur. L’ouverture. La voie libre.

Je me souviens d’une période de ma vie, où je chantais avec un petit groupe. Le chœur possible. Nous ne chantions que des pièces de la fin du Baroque et de la Renaissance.

Nous avions inclus dans presque tous nos concerts des pièces de di Lasso. Lui avions même consacré un concert en entier. Cette période de la fin de la Renaissance est une période de chant choral. Du moins elle sonne ainsi à mon oreille (Palestrina, di Lasso).

J’aime Orlando. J’aime ce (que je sais de ce) bonhomme qui a eu bien du mal à vivre une vie ordonnée, simple, régulière. Je l’imagine, jeune, assez parent et semblable au personnage d’Amadeus – celui du film. Sa musique est claire, évidente, subtile. Sa vie semble avoir été compliquée et difficile. Un très beau livre reproduisant ses lettres (commentées et traduites par Frank Langlois), intitulé Con bien fou tu serais Orlando, éditions Bernard Coutaz, a trouvé sa place parmi les livres de ma bibliothèque dont je n’arrive pas à me débarrasser (ou à prêter ou à donner).

J’ai trouvé sur la toile ce site en construction.Projet en cours d’un admirateur un peu fou orlandodilasso.org . C’est en anglais, mais s’y trouvent tous les liens nécessaires – même pour ceux qui souhaitent en écouter.

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Classé dans Et moi

Marie-Thérèse

Trompette

Trompette

Marie-Thérèse est absente des répétitions du lundi depuis deux semaines. Son petit-fils, dix-huit ans, s’est suicidé il y a vingt jours. Trouvé pendu dans sa chambre. Sans un signe, sans un signal paraît-il.

La grand-maman, ne sait sans doute plus où donner de la voix, du cœur, de l’âme. Elle garde chez elle depuis bien des années, un enfant malade, un mari malade ; elle-même a bien du mal à se déplacer. Même se tenir debout lui est pénible. Les concerts lui semblent longs. Ses jours doivent présentement lui sembler interminables. C’est vrai que nos vies, quand un proche nous est ravi trop jeune, nous semblent longues et peut-être aussi fréquemment mal vécues.

Nous n’avons pas encore pensé à lui communiquer notre tendresse.

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Jacquelin

 

Jacquelin
Basson

 

Formation de musicien. Instruments dits à anche. Ne gagne toutefois pas sa vie comme musicien. Quarantaine avancée. Maigre. Maigre. Du genre à l’avoir toujours été et qui aurait appris à survivre en occupant le moins d’espace possible. Gentil. Ironique et doux. Le mari de la nouvelle chef de chœur est un petit renard sensible.  Habile dans l’esquive. Habitant d’un monde de musique et de patience où il est difficile d’entrer. Il attend qu’on l’apprivoise. Pourrait attendre jusqu’à son dernier souffle.

 

Jacquelin est aussi un homme sans époque. On peut l’imaginer, à Londres en 1800, à Lyon en 1750. À Prague bien avant. Il a traversé le temps sans être jamais venu au monde, sans jamais s’être absenté du monde non plus. Il est là. Avec un vieux corps sec, un coeur vieux et peut-être humide, stationné dans la vieille habitude de vivre. Les bras sans mouvement comme des branches, ouvertes comme des perchoirs. Et si en chantant la joie coule dans ses veine c’est avec la discrétion et la lenteur de la sève dans l’arbre du printemps.

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Mardi, musique

Frêle bruit

Frêle bruit

« Plutôt que suite logique ou chronologique, ces pages seront – quand finies ou du dehors interrompues – archipel ou constellation […] ». Michel Leiris, Frêle Bruit, L’Imaginaire, Gallimard, 1976

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Écrire en public

Maladroitement mettre en place une invention du monde qui donne l’illusion qu’on est en relation. Écrire pour perdre ses illusions…

Jean Baptiste

Jean Baptiste

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